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Un autre regard pluriel sur la marche de l’Afrique et du reste du monde

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Les métastases de la « Françafrique »

Par Sayë (Richard) MBOUMA KOHOMM

Le 28 novembre dernier, le président français, Emmanuel Macron, en visite à Ouagadougou avant le sommet Afrique-Europe qui se tenait à Abidjan, s’adressant aux étudiants burkinabés réunis à l’Université Joseph Ki-Zerbo et au-delà, à la jeunesse des anciennes colonies françaises d’Afrique, dans un discours que certains observateurs ont qualifié d’arrogant sous le prétexte du « parler vrai », dit, au sujet du système néocolonial qui perdure depuis les indépendances communément appelé « Françafrique » : « Je ne vais pas vous dire qu’elle est la politique africaine de la France, car il n’y a plus de politique africaine de la France ! ». Mais curieusement, la dernière partie de ce long discours, sera consacrée à un long plaidoyer pour que la jeunesse africaine s’approprie la langue française qui « Enfin, en nous retrouvant ensemble par ce qui nous unit par-delà ou par avant la culture et le sport dans cet amphithéâtre même le ciment principal qu’il y a entre nous, celui tellement évident qu’on finit par ne plus le mentionner, c’est la langue, j’allais dire la langue française. Oui, c’est bien la langue française mais à vrai dire il y a bien longtemps que cette langue française, notre langue, n’est plus uniquement française. Elle a parcouru le monde entier et elle est ce qui nous unit. Notre langue française c’est une chance pour nous et notre langue a un avenir, ça n’est pas simplement un patrimoine à protéger et cet avenir se joue pour beaucoup en Afrique, ici. »

Il poursuit plus loin : «Il y a bien longtemps que la langue française n’est plus uniquement française. Elle est d’autant, voire davantage africaine que française. Elle a son point d’équilibre quelque part entre Kinshasa et Brazzaville, bien plus qu’entre Paris et Montauban. »

Or, au-delà des commentaires hâtifs et autres billevesées affligeantes, le sérieux de la réflexion que les jeunesses des anciennes colonies françaises doivent mener sur les relations que la nouvelle Afrique doit établir aussi bien avec la France qu’avec le reste du monde doit être basée sur la connaissance de l’histoire des relations de l’Afrique – notamment les pays subsahariens – avec les puissances impérialistes afin de mieux bâtir celles fondées sur des partenariats équitables, justes et mutuellement bénéfiques, débarrassés des scories des systèmes iniques du type « Françafrique ».

Aussi, me permets-je de rappeler ici les origines d’un tel système, sa mutation dans le temps et sa nature actuelle.

Acte I : Bref rappel historique de ses origines.

Avant la fameuse Conférence de Berlin de 1884-1885, la présence européenne en Afrique était essentiellement d’ordre commercial. A l’exception du Mozambique sous domination portugaise, la Gambie qui était sous celle des Britanniques et le Sénégal sous celle des Français, la situation n’évolua que lentement au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Dès l’abolition de l’esclavage par les Anglais en 1803, la traite négrière fut remplacée par l’or, l’ivoire, l’huile de palme, les plumes d’autruches et par divers autres produits de moindre importance. Mais dès le début du XIXe siècle, les occupations de territoires va s’accélérer. Sous l’influence des commerçants, des missionnaires religieux et des abolitionnistes, les Britanniques se mirent à créer des colonies (Sierra-Leone (1807), Gold Coast (1830-1874), Nigeria (1861). Ils vont s’emparer de la colonie du Cap (Afrique du Sud) que les Hollandais leur abandonnèrent en 1815 où vivaient quelques 30 000 Boers avec autant d’esclaves noirs et 20 000 Hottentots réduits aussi à l’état de servitude.

A cette époque, les Français ne se passionnaient pas encore pour l’Afrique. En dehors de la grogne des marins français qui furent ulcérés d’avoir été obligés de céder aux Anglais « l’Île de France » que ces derniers rebaptisèrent Île-Maurice de son premier nom hollandais, il n’y a pas encore de rivalités entre Anglais et Français dans cette partie de l’Afrique australe et de l’océan Indien. Néanmoins, cherchant des compensations, les marins français disputèrent d’abord aux missionnaires anglais les faveurs des Hovas du plateau malgache, puis s’établirent à Nossy-Bé, aux Comores, tout en préparant en 1843 la conquête complète de Madagascar à partir de Diégo-Suarez. Mais le Gouvernement français refusa de cautionner leur entreprise. Il changea cependant d’avis lorsque les marins, toujours très actifs, soupçonnant les Anglais de vouloir occuper toute la côte du Golfe de Guinée allant de la Côte d’Ivoire actuelle jusqu’au Gabon ; c’est ainsi que par simple souci de prestige national des cercles coloniaux – donc sans réel intérêt économique ni culturel – , la France va occuper Grand Bassam et Assyni en Côte d’Ivoire, le Gabon jusqu’à l’embouchure de l’Ogooué et Cotonou (ancien Dahomey), en signant des traités avec les chefs noirs qui les plaçaient sous l’autorité des officiers français. Il n’y eut aucune réaction ni inquiétude de la part des Anglais de ce soudain activisme des Français, préoccupés par la recherche de la source du Nil et de la découverte des contrées situées à l’intérieur du continent.

Il faut savoir que jusqu’en 1870, les Français avaient peu contribué à l’immense œuvre d’exploration de l’Afrique qui fut menée en grande partie sous l’égide des Britanniques. La motivation de ces derniers était double : scientifique et humanitaire (le combat contre la traite esclavagiste) à l’origine, ils prirent conscience des riches possibilités que l’avenir réservait au commerce, aux plantations, aux exploitations minières et industrielles de ce continent. Il pourrait être propice à l’établissement des Blancs obligés de quitter l’Europe où ils ne trouvaient plus les moyens de subsister. Il suffisait, pensaient les Anglais, d’y pénétrer aisément et de s’y maintenir. Mais même en Angleterre, le continent Africain ne fut pas à ce moment là une préoccupation des diplomates. Moins encore celle des Français. Les grandes questions à cette époque furent celles de l’unité allemande et italienne ; les affaires d’Orient (rivalités anglo-russes concernant les voies d’accès aux Indes et sur Constantinople, qui risquaient de passer sous l’influence des tsars) ; rivalités franco-britanniques sur l’Egypte et le Maghreb avec l’installation des Français en 1830 en Algérie. L’Afrique subsaharienne jusque-là, était l’affaire des commerçants, des missionnaires, de quelques explorateurs et officiers marins. Elle n’intéressait pas les diplomates européens dédaigneux à l’égard d’un monde nouveau et inconnu !

Mais une nouvelle vision de l’Afrique va apparaître au cours de la décennie 1870-1880. Avec la découverte en 1867 de diamant au Transvaal (Afrique du Sud), puis celle de l’or du Rand en 1881 et du cuivre en Rhodésie (actuelles Zambie et Zimbabwe), rangèrent l’Afrique parmi les continents où on pouvait facilement faire fortune. Les découvertes minières réveillèrent de vieilles histoires sur la présence de l’or dans beaucoup de régions du continent noir. Les Portugais l’avaient cherché au Benguela (Angola), les Anglais et les Français savaient qu’il en existait au Soudan (actuel Mali), notamment à Tombouctou. Partout, on soupçonnait des trésors enfouis, des terres fertiles comme l’écrivait Elisée Reclus, savant réputé, dans sa « Géographie universelle » (tomme V, 1885), s’agissant de Bahr et de Ghazal : « Régions d’une rare fertilité… Cinquante millions d’habitants vivraient à l’aise dans ces contrées. »

« a scramble for Africa » (une course aux colonies)

Cet intérêt nouveau pour l’Afrique suscita de projets mirobolants de la part de nombreux colonisateurs affairistes. Chacun y allait de son projet ; pas toujours purement mercantiles. A l’exemple de Ferdinand de Lesseps qui, en inaugurant en 1869 devant un parterre de rois le canal de Suez, était devenu l’un des bienfaiteurs de l’humanité. Sans être ingénieur ni d’avoir négocié ou obtenu l’accord des diplomates, il avait réalisé son ouvrage en s’adressant aux petits souscripteurs du monde entier auprès desquels il trouva les financements nécessaires pour construire un canal qui rapprochait les trois continents que sont l’Afrique, l’Asie et l’Europe et en tant que voie de navigation neutre, fit profiter à tous les pays l’accélération du commerce international. D’autres projets comme le chemin de fer transafricain imaginé par l’ingénieur français Amédée Sébillot qui prévoyait relier Alger à Johannesburg et le Cap, en passant par Igharghar au Sahara algérien, Obock, puis le Tchad, avec un embranchement vers Ouidah (Bénin), n’était pas totalement absurde – puisqu’au même moment, les Américains commencèrent la construction du transcontinental : l’Union Corporation qui relit New York à San Francisco et qui fut achevé en 1872, montrait qu’il était et reste possible de réaliser pareil ouvrage. Les Anglais aussi élaborèrent un autre projet de chemin de fer destiné à relier le Cap au Caire. Sans que cela soit exhaustif, on peut citer des projets hydrauliques du capitaine français Roudaire visant à créer une mer intérieure en drainant par un canal, les eaux de la Méditerranée vers le sud de la Tunisie afin de fertiliser le désert du Sahara. Bien sûr, certains projets obscurs comme celui de Pierre Caquereau, originaire de Bordeaux, qui lança en 1882, une souscription publique en vue de fonder au Fouta-Djalon (Guinée Conakry), une « société coopérative, scientifique, industrielle, hospitalière et maternelle de l’Afrique centrale et occidentale » relevaient d’intérêts personnels. Exploiter les mines, construire les routes, les barrages et les chemins de fer, créer des plantations dans des pays neufs en partie encore inexplorés, non seulement nécessitent d’énormes capitaux mais aussi, qu’il faut y aller et s’y installer. La course aux possessions était lancée.

Dès lors, il appartenait aux gouvernements européens de leurs assurer le contrôle de ces territoires et d’assumer les lourds financements de leurs équipements. Or, les gouvernements européens n’étaient pas disposés à prendre en charge les frais de coûteuses expéditions de conquête qui ne sont à leurs yeux, que des opérations de prestige faites par des militaires, des scientifiques et des commerçants en mal d’exotisme. Pour s’y soustraire, le moyen le plus commode était de s’entendre entre eux pour délimiter les sphères d’influences concédées par les chefs africains à leurs ressortissants ; ensuite, abandonner à ces derniers, la charge du financement de leurs investissements par la concession des compagnies à charges. D’autant que les rivalités commerciales (entre compagnies allemandes et françaises au Cameroun) et parfois militaires, (le conflit opposant les gouverneurs français du Sénégal et anglais de Sierra Leone), devenaient de plus en plus nombreux. Car à cette époque, ces deux puissances impériales considéraient déjà l’Afrique comme leur « chasse gardée » ; malgré le fait que seuls quelques aventuriers militaires-explorateurs ou commerçants – s’agissant de la France – scientifiques, missionnaires ou humanitaristes pour la Grande Bretagne, parcourraient le continent en dupant les chefs locaux par des traités sans valeur – puisque non reconnus par leurs gouvernements respectifs – ou en soumettant par la violence les populations locales.

Elles sont rejointes par l’Allemagne. Le Chancelier Otto von Bismarck qui était au départ et pendant longtemps hostile aux conquêtes coloniales, se laissa convaincre par les puissants lobbies économiques représentés par des compagnies commerciales de Hambourg opérant sur la côte atlantique notamment au Cameroun, au Togo et au Sud-ouest Africain (actuelle Namibie), de protéger leurs intérêts qu’elles estiment menacés par les Britanniques et les Français. Pour le prestige du Reich, l’Empire allemand ne pouvait pas rester à l’écart de cette ruée vers l’Afrique. Il devait aussi se lancer dans la course aux colonies appelée « scramble for Africa ». De surcroît, la concurrence sur le terrain devenant vive, il fallait éviter d’autres conflits entre puissances européennes – celui ayant opposé l’Allemagne à la France en 1870-1871 au cours duquel la France vaincue, perdit l’Alsace-Lorraine – le Chancelier allemand convoqua à Berlin, une conférence internationale sur l’Afrique du 13 novembre 1884 au 26 février 1885 dont voici le Préambule :

« Au nom de Dieu Tout Puissant,

Sa Majesté l’Empereur d’Allemagne, Roi de Prusse, Sa Majesté l’Empereur d’Autruche, Roi de Bohème etc. et Roi Apostolique de Hongrie, Sa Majesté le Roi des Belges, Sa Majesté le Roi de Danemark, Sa Majesté le Roi d’Espagne, le Président des Etats-Unis d’Amérique, le Président de la République Française, Sa Majesté la Reine du Royaume Uni de Grande Bretagne et d’Irlande, Impératrice des Indes, Sa Majesté le Roi d’Italie, Sa Majesté le Roi des Pays-Bas, Grand Duc de Luxembourg etc. , Sa Majesté le Roi du Portugal et des Algarves etc. etc. etc., Sa Majesté l’Empereur de Toutes les Russies, Sa Majesté le Roi de Suède et de Norvège etc. etc. et Sa Majesté l’Empereur des Ottomans,

« Voulant régler dans un esprit de bonne entente mutuelle les conditions lesplus favorables au développement du commerce et de la civilisation dans certaines régions de l’Afrique, et assurer à tous les peuples les avantages de la libre navigation sur les deux principaux fleuves africains qui se déversent dans l’Océan Atlantique ; désireux d’autre part de prévenir les malentendus et les contestations que pourraient soulever à l’avenir les prises de possessions nouvelles sur les côtes de l’Afrique, et préoccupés en même temps des moyens d’accroître le bien-être moral et matériel des populations indigènes, ont résolu, sur l’invitation qui leur a été adressée par le Gouvernement Impérial d’Allemagne, d’accord avec le Gouvernement de la République Français, de réunir à cette fin une Conférence à Berlin et ont nommé pour leurs Plénipotentiaires à savoir :

(noms à voir au Recueil Général des Traité, 2è série page 414-427, Archives de la Bibliothèque de Paris)… lesquels, munis de pleins pouvoirs qui ont été trouvés en bonne et due forme, qui ont successivement discuté et adopté… »

En effet, ils adoptèrent une déclaration en 38 articles à partir de laquelle les puissances étrangères se partagent l’Afrique en l’absence de représentants du continent !

Cependant, l’évolution sur le terrain africain fera apparaître très rapidement que la Conférence de Berlin ne fut qu’une ruse de la part de Bismarck permettant à l’Allemagne d’avoir une part significative du gâteau africain et de couvrir les manigances du Roi Léopold II de Belgique au Congo ; territoire qui devient sa propriété privé à la suite de la Conférence. En effet, en vertu de l’Article 34 qui stipule que : « La Puissance qui dorénavant prendra possession d’un territoire sur les côtes du Continent Africain situé en dehors de ses possessions actuelles, ou qui, n’en ayant pas eu jusque-là, viendrait à en acquérir, et de même, la Puissance qui y assumera un protectorat, accompagnera l’acte respectif d’une notification adressée aux autres Puissances signataires du présent Acte, afin de les mettre à même de faire valoir, s’il y a lieu leurs réclamations » […] , «a scramble for Africa » (une course aux colonies) effrénée s’engagea dès lors entre les trois Puissances impériales : Allemagne, Angleterre, France.

Paradoxalement, c’est en France que fut théorisée la forme de colonisation dite « moderne » ; elle dont les populations étaient peu enclines à l’émigration et dont l’industrie, peu développée par rapport à la Grande Bretagne, ne souffrait pas de manque de débouchés ou de matières premières. La doctrine fut d’abord exposée par Paul Leroy-Beaulieu dans un livre intitulé « De la colonisation chez les peuples modernes » parus en 1874. Elle consistait en substance à remplacer l’action des marins et des militaires assoiffés de prestige, ou celle des armateurs à la recherche de rentabilité immédiate, par une colonisation « adaptée à la France dont la population n’émigrait pas, à la République, respectueuse du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et hostile à la conquête militaire ; une colonisation de cadres et de capitaux, de techniciens qui enseigneraient aux indigènes les procédés modernes de mise en valeur, construiraient les routes, les voies ferrées, les barrages, introduiraient les cultures nouvelles et l’élevage rationnel. Les famines disparaîtraient, les maladies reculeraient. Les populations, progressivement instruites, s’organiseraient, jouiraient d’une autonomie interne semblable à celle du dominion britannique, auraient leurs gouvernements, leurs douanes, leurs armées, et contribueraient au prestige de la France à laquelle elles seraient associées et qui les représenterait à l’étranger ». Hélas, cette doctrine, aux aspects séduisants, ignorait pourtant superbement la réalité sociale et culturelle de ces « indigènes » que la civilisation occidentale de la « race supérieurs » viendrait sortir de leur condition « sauvage » en leur apportant la lumière civilisatrice. Cette même observation peut s’appliquer à certaines parties du discours de Macron à Ouagadougou qui, malgré de propos habiles qui flattent une attente, cachent une duplicité inhérente à l’esprit typiquement français.

D’autant qu’en revenant à cette période, avec le désastre de la défaite de 1871 face à l’Allemagne, ces idées qui avaient traversé toute la période impériale, regagnèrent en force. Il faut dire que face à la honte, au désastre et au remord d’avoir abandonné les frères alsaciens et lorrains aux Allemands, les Français unanimes, en cette période de désarroi, souhaitent compenser la défaite en allant conquérir des territoires ailleurs puisqu’ils ne peuvent le faire en Europe ; afin de prouver au monde que la France, selon la réponse de Gambetta à Jules Ferry, reprenait son rang de « grande puissance » avec le protectorat sur la Tunisie.

La Gauche française qui va reprendre à son compte les idées de Paul Leroy-Beaulieu, ajoute à la raison politique de « grande puissance », la raison «économique : avec les colonies, l’Empire français pourra désormais fournir des débouchés aux produits de l’industrie française ; une troisième raison – philosophique – cette fois, s’ajoutera à la nécessiter de coloniser l’Afrique : « coloniser l’Afrique, c’est libérer les Africains en leur apportant la lumière et la civilisation de la patrie des lumières » proclame Jules Ferry dans un discours prononcé le 28 juillet 1885 devant l’Assemblée.

Emparez-vous de cette terre. Prenez-la ! A qui ? À personne !

Avant lui, Jean Jaurès, dans une réunion publique, s’écria : « Quand nous prenons possession d’un pays, nous devons y amener avec nous la gloire de la France. Et soyez sûrs qu’on lui fera bon accueil, car elle pour autant que grande, toute pénétrée de justice et de bonté ». Mais le discours le plus révélateur de la pensée coloniale française, arrogante et méprisante, est celui tenu par Victor Hugo le 18 mai 1879 lors d’un banquet. Voici ce que dit en substance ce leader des intellectuels de la Gauche française : « l’Europe a à côté d’elle, l’Afrique… Quelle terre que cette Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire. Une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe. Eh bien, cet effroi va disparaître. Déjà deux peuples colonisateurs ont saisi l’Afrique, la France tient l’Ouest et le Nord, l’Angleterre l’Est et le Midi. Voici l’Italie qui accepte sa part de travail colossal. Des cols, des passages, des détroits sont praticables ; cet univers qui effrayait les Romains attire les Français. Au XIXe siècle, le Blanc a fait du Noir un homme ; l’Europe fera de l’Afrique un monde. Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L’Europe le résoudra. Allez peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la ! A qui ? À personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes. Dieu donne l’Afrique à l’Europe. Prenez-la. Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue ; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais pour l’industrie ; non pour la conquête, mais pour la fraternité. [ … ] Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et, du même coup, résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez faites ! Faites des routes, faites des ponts, faites des villes. Croissez, cultivez, colonisez, multipliez et que cette terre de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l’esprit divin s’affirme par la paix, et l’esprit humain par la liberté. ».ce discours, qui fut applaudi à tout rompre par l’assistance, voulait faire croire qu’en s’appropriant l’Afrique, « une terre qui n’appartient à personne » la France résoudrait ses problèmes en Europe.

Cependant, tous les leaders de la Gauche française n’étaient pas enthousiastes à l’idée coloniale. Georges Clémenceau par exemple en était opposé et pensait qu’au lieu de « se perdre dans le rêve colonial » qui n’occasionne que des « dépenses de luxes » les gouvernements de Gauche devraient s’occuper « des hommes, des Français qui demandent des dépenses utiles, fructueuses ». Était également opposé à l’aventure coloniale, en ce moment là, la Droite française dont la préoccupation première était la perte de l’Alsace et de la Lorraine au profit de l’Allemagne du fait de la défaite de 1871. Comme l’atteste la réponse du député de Droite Paul Déroulède au discours de Jules Ferry à l’Assemblée : « J’ai perdu deux sœurs (l’Alsace et la Lorraine) et vous m’offrez vingt domestiques » (allusion aux colonies d’Afrique) ; bien entendu, cette réticence à la conquête coloniale que ce soit de la Droite ou de certains leaders de la Gauche française ne fut que temporaire. Vers 1905, toute la classe politique française était devenue résolument colonialiste.

Acte II : Sa mutation dans le temps et sa nature

Les pratiques coloniales des deux grandes puissances colonisatrices que furent la Grande Bretagne et la France furent différentes sur le terrain. Cette différence va nettement se vérifier quand il fallait décoloniser. La Grande Bretagne qui pratiquait une administration indirecte « indirect administration board » et de décentralisation, a su opéré sans heurt majeur – à l’exception du Kenya – un transfert de pouvoir aux Africains jusqu’aux Indépendances.

Ce ne fut pas le cas de la France qui en toute vraisemblance, ne voulait pas décoloniser. Pour des intérêts économiques mais aussi, de prestige. Néanmoins, contrainte à la fois par les forces anticolonialistes africaines, les luttes des nationalistes et par les pressions américaines et soviétiques, elle devait, malgré elle, s’y résoudre. Pour contourner le problème des Indépendances des territoires colonisés, les gouvernants français imaginèrent plusieurs formules. Comme le projet de « l’Union Française » dont la Constitution stipulait au Titre III que « la France est une République indivisible formant avec les Etats et Territoires d’Outre-mer une union libre et consentie ». Elle ne fit pas long feu. Le fameux discours du charismatique leader guinéen Ahmed Sékou Touré en août 1958 « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage » devant un Général de Gaule vexé, condamna irrémédiablement ce projet.

Comme on peut le constater, l’accession à l’Indépendance des Territoires africains colonisés par la France ne fut pas une volonté politique des autorités coloniales françaises ! Même une grande figure de la Gauche française comme Edouard Herriot, ancien Président du Conseil (Gouvernement), Maire de Lyon et président de l’Assemblée Nationale à la fin de la seconde guerre mondiale, déclare en 1946 à l’Assemblée composée en majorité de députés de Gauche issus de la résistance contre l’occupation allemande que « Si nous donnions l’égalité des droits aux peuples coloniaux, nous sérions la colonie de nos colonies … ». Face à l’échec de « l’Union Française » le Général Charles de Gaulle, revenu au pouvoir, terminant son tour d’Afrique qu’il effectue du 20 au 29 août 1958, allant de Madagascar, Congo Brazzaville, Côte d’Ivoire, Guinée Conakry et Sénégal, déclare le 28 août 1958 à Dakar devant une foule qui réclame l’Indépendance : « Ils veulent l’Indépendance, qu’ils la prennent ».

Dès lors, contrainte par les évènements à une évolution de sa politique coloniale, une loi, appelée « Loi-cadre » va aboutir en 1960, à l’accession à l’Indépendance de la plupart des anciennes colonies française d’Afrique noire.

Ayant éliminé entre 1958 et 1960, directement ou indirectement – par hommes de main interposés – des leaders nationalistes et indépendantistes en lutte contre la domination coloniale française, la France, sous la direction du Général de Gaule et jacques Foccart à la manoeuvre, passe le pouvoir à des hommes liges. Nous connaissons la suite. « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette ». Ainsi, s’installe entre les milieux politiques et économiques français et les dirigeants des nouveaux États africains, ce qu’on va appelée « la Françafrique » : financements occultes, gouvernance calamiteuse, corruption endémique des dirigeants politiques, prévarication généralisée, émergence d’une bourgeoisie compradore…

Acte III : Perspectives

Et maintenant, les pays francophones d’Afrique noire pourront-ils guérir du « cancer » de la « Françafrique » ?

Comme tout cancer, « on a beau le racler, il en reste toujours un bout ! » dit un humoriste français dans un sketch. C’est rare d’en guérir ! Le nouveau président français, élu dans un contexte que j’ai décrit dans un article publié sur mon site web entre les deux tours, en admonestant les étudiants burkinabés « ne soyez pas bêtement anti-impérialistes » tout en les exhortant de devenir des « mercenaires » d’une francophonie qui conquiert, croit-il qu’il peut convainc vraiment d’être si éloigné de la politique sournoise et rusée de ses prédécesseurs, du Général de Gaule à François Hollande ? D’instrumentalisation des anciennes colonies d’Afrique noire pour la préservation des intérêts stratégiques et du prestige de la France laquelle change souvent de forme mais non d’objectifs ? Pourrait-il tenir le même discours à Hanoï, Phnom Pen ou Vientiane, capitales des anciennes colonies indochinoises ?

Acte IV : perspectives

En ce début du XXIe siècle, les relations afro-françaises doivent être bâties et obéir aux règles intangibles de réciprocité. Par exemple, la Langue française ne peut être une Langue africaine. « La Langue est le reflet de l’identité et de l’âme d’un peuple » écrivait Lamartine. Tout comme le Swahili, l’Haoussa, le Lingala ou le Bambara ne pourront devenir des Langues officielles parlées dans les bureaux de poste d’Angoulême ou d’Amiens. Que les Langues anglaise, française, espagnole ou chinoise soient des Langues de communication que doivent impérativement maîtriser les jeunes Africains ne peut qu’être très recommandé ; dans un monde où elles sont dominantes dans les milieux scientifiques et des affaires, des échanges économiques et culturels, leur maîtrise est une nécessité. Mais demander à la jeunesse africaine de devenir des « mousquetaires » de la francophonie dans la bataille de l’hégémonie du « soft power » que se livrent de plus en plus l’Anglais, le Mandarin et le Français ne peut paraître que comme un surcroît de ruse de la part du jeune président français ; n’ayant pour but que de perpétuer un système qui cherche sans relâche à adapter ses méthodes en fonction des époques. Seul l’éveil d’une jeunesse africaine aux enjeux présents et futurs saura séparer l’ivraie de l’engrais des diverses sollicitations.

ParRichardMBK

Le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD)

Son Excellence Jacob Zuma, Président de la République d’Afrique du Sud (au centre), lors de la 33ème Session du Comité des Chefs d’État et de gouvernement chargé de la mise en œuvre du NEPAD, Johannesburg (Afrique du Sud), juin 2015, avec Dr Mayaki, Directeur général de l’Agence du NEPAD, et Dr Carlos Lopes, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (à sa gauche). Photo credit: Union africaine

Qu’est-ce que le NEPAD?

Le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) , cadre stratégique de l’Union africaine pour le développement socio-économique du continent, est à la fois une vision et un cadre stratégique pour l’Afrique au XXIe siècle. Ce partenariat a été adopté par les Chefs d’État africains lors du 37ème Sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) organisé à Lusaka, en Zambie, en juillet 2001.

Le NEPAD vide à faciliter et à coordonner la mise en œuvre des programmes et projets prioritaires régionaux et continentaux et de mobiliser des  ressources, d’œuvrer à la mise en place de partenariats avec la communauté internationale, les Communautés économiques régionales (CER) et les États Membres africains.

Les objectifs

Le NEPAD a pour ambition de relever les défis majeurs du continent africain, à savoir la pauvreté, le développement et la marginalisation du continent à l’échelle internationale. Il compte quatre principaux objectifs qui se présentent comme suit :

  • Éradiquer la pauvreté;
  • Promouvoir la croissance et le développement durable;
  • Intégrer pleinement l’Afrique dans l’économie mondiale;
  • Accélérer l’autonomisation des femmes.

L’Agence du NEPAD

Le Secrétariat du NEPAD coordonnait, depuis 2001, la mise en œuvre des programmes et projets mais en 2010 il a été remplacé par l’Agence de planification et de coordination du NEPAD (Agence du NEPAD). Cette évolution est le résultat de l’intégration du NEPAD dans les structures et processus de la Commission de l’Union Africaine en application de la décision de la Conférence de l’Union africaine prise en 2010.

La direction stratégique de l’Agence du NEPAD se fonde sur les domaines thématiques suivants :

  • Agriculture et sécurité alimentaire;
  • Changement climatique et gestion des ressources naturelles;
  • Intégration régionale et infrastructures;
  • Développement humain;
  • Gouvernance économique et d’entreprise;
  • Questions transversales — genre, renforcement des capacités, technologies de l’information et communication.

Dans chacun de ces domaines ont vu le jour des programmes complets tels que :

  • le Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA),
  • le Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA),
  • le programme d’indicateurs africains des sciences, de la technologie et l’innovation (ASTII),
  • l’Initiative des e-Écoles du NEPAD.

Le NEPAD et les Nations Unies

Réunion de haut niveau au Siège des Nations Unies le 13 octobre 2014 sur le thème « L’Afrique que nous voulons : Appui du Système des Nations Unies à l’Agenda 2063 de l’Union africaine », organisée conjointement par le Bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique, la Mission permanente de l’Union africaine auprès des Nations Unies, le NEPAD, la Commission économique pour l’Afrique (CEA), le Départment de l’information (DPI) et le Secrétariat du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs. Photo ONU/Kim Haughton

Après une dernière évaluation du Nouvel Ordre du jour des Nations Unies pour le développement de l’Afrique dans les années 90, l’Assemblée générale, par sa résolution 57/7 , a mis un terme à ce programme et approuvé le NEPAD comme nouveau cadre d’action pour le soutien international au développement du continent africain.

Par sa résolution 57/300 , l’Assemblée générale a décidé de créer le Bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique, dont le mandat est, entre autres, de coordonner la préparation de rapports clés sur l’Afrique et des activités mondiales de plaidoyer en faveur du Nouveau partenariat.

L’importance donnée à l’appui des Nations Unies au NEPAD a été réaffirmé dans le document final de l’événement spécial du Président de la 68ème session de l’Assemblée générale sur la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement.

Le Rôle du Bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique

Conformément à son mandat, le Bureau du conseiller spécial pour l’Afrique est le point focal pour les relations entre le NEPAD et les Nations Unies. À cet effet, il joue un rôle primordial dans l’amélioration du soutien des organismes du Système des Nations Unies mais aussi de la communauté internationale pour le développement de l’Afrique, la paix et la sécurité et plus particulièrement la mise en œuvre du NEPAD.

À travers ses activités politiques et analytiques ainsi que l’organisation de réunions, le Bureau vise à :

  • sensibiliser le public aux défis particuliers rencontrés par le continent dans sa merche vers le développement, ainsi qu’aux progrès réalisés par l’Afrique dans la mise en œuvre de ses engagements,
  • mobiliser un soutien international plus fort pour compléter les efforts régionaux et nationaux,
  • forger des partenariats avec le secteur privé et les organisations de la socitété civile, dont la diaspora africaine et les universaitaires, pour utiliser leurs ressources pour la promotion de l’Afrique.

Le Bureau participe aussi à des réunions régionales importantes telles que :

  • la Conférence de l’Union africaine,
  • les réunions du Comité de pilotage du NEPAD,
  • les réunions du Comité des Chefs d’État et de Gouvernement chargé de la mise en œuvre du NEPAD,
  • le Forum du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs,
  • les Conférences conjointes des ministres de l’économie et des finances de l’Union africaine et la Conférence des ministres africains des finances, de la planification et du développement économique de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique,
  • ainsi que d’autres réunions internatioanles pour la promotion des priorités de l’Afrique, la participation de parties prenantes importantes, la diffusion d’informations et la mobilisation de soutiens accrus pour le développement du continent africain.

En étroite collaboration avec l’Agence du NEPAD et en application de son madat, le Bureau du Conseil spécial pour l’Afrqiue :

  • coordonne au niveau international lde soutien apporté au NEPAD;
  • agit comme point focal pour le NEPAD au Siège des Nations Unies;
  • prépare les rapports annuels pour le Secrétaire général sur le NEPAD, rapports rendant compte du soutien fournit par le Système des Nations Unies, la communauté internationale, le secteur privé et la société civile à ce nouveau partenariat :

Note: Les deux liens ci-dessous mènent vers le système d’information bibliographique des Nations Unies (UNBISnet). Bien que l’interface de ce site soit en anglais, les documents sont disponibles en français.

En vue d’améliorer la cohérence des efforts et la coordination du soutien du Système des Nations Unies à la mise en œuvre du NEPAD et de ses priorités, le Bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique organise et préside régulièrement des réunions de l’Équipe spéciale interdépartementale chargée des questions relatives à l’Afrique.

Sous l’égide du Mécanisme des Nations Unies chargé d’assurer le suivi de ce partenariat, le Bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique contrôle et rapporte les engagements entrepris pour soutenir le NEPAD, ses divers programmes et initiatives.

Par ailleurs, le bureau travaille avec le Département de l’information et le Mécanisme de coordination régionale en Afrique (MCR-Afrique) pour défendre les intérêts du NEPAD à l’échelle internationale.

En collaboration avec le groupe « Africa Investor », le Bureau cherche à encourager les investissements vers le continent en créant un climat et un perception favorables. Pour ce faire, il organise un sommet annuel pour l’inestissement en Afrique, en marge du débat de haut niveau de l’Assemblée générale.

À propos du NEPAD

  • Adopté par les Chefs d’État et de goucernement africains de l’Organisation de l’unité africaine en 2001
  • Ratifié par l’Union africaine en 2002

Objectifs principaux

  • Éradiquer la pauvreté ;
  • placer les pays africains, individuellement et collectivement, dans la voie d’un développement et d’une croissance durables ;
  • mettre fin à la marginalisation de l’Afrique dans le processus de mondialisation ;
  • accélérer l’autonomisation des femmes

En savoir plus sur le NEPAD >>

« La Conférence [de l’Union africaine] […] réaffirme le statut du NEPAD comme vecteur stratégique pour accélérer la mise en œuvre du programme d’intégration régionale de l’Union africaine et renouvelle son engagement à exercer sa forte volonté politique et sa détermination à accélérer la mise en œuvre du NEPAD à tous les niveaux dans le cadre de l’Agenda 2063;

— Décision de la Conférence Dec.579(XXV) 

Coup de projecteur

Infrastructure

Les 51 projets du Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA) actuellement en cours visent à de bâtir un continent intégré, qui stimule le commerce international, créé des d’emplois et une croissance économique durable.

Agriculture

Le NEPAD a crée le Programme de développement de l’agriculture africaine (PDDAA), cadre politique panafricain pour la transformation agricole, la création de richesse, la sécurité alimentaire et la nutrition, la croissance économique et la prospérité pour tous. Il est généralement reconnu qu’en Afrique l’agriculture a le potentiel de faire sortir de la pauvreté plus d’individus que n’importe quel autre secteur.

Science et technologie

Photo: Fondation L’Oréal/Julian Dufort

Améliorer l’accès et la qualité de la science et de la technologie à travers le continent est un élément fondamental pour faire progresser le développement des ressources humaines. La science et la technologie offrent une multitude d’avantages au continent. Le NEPAD, à travers son Plan d’action consolidé pour la science et la technologie, travaille pour développer l’innovation, encourager les partenariats, faciliter le partage et l’échange des connaissances et pour améliorer le volume et la qualité de la recherche et du développement.

Documents

Appui du Système des Nations Unies

Le Bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique coordonne la préparation de rapports du Secrétaire général consacré à l’action que mène le Système des Nations Unies pour l’appui au NEPAD. Pour ce faire, il se base sur des rapports reçus annuellement de diverses entités du Système des Nations Unies.

Directeur général de l’Agence du NEPAD

  • Directeur général actuel: 
    M. Ibrahim Assane Mayaki (Niger): depuis 2009
  • Professeur Firmino Mucavele (Mozambique): 2005 – 2008
  • Professeur Wiseman Nkuhlu (Afrique du Sud): 2000 – 2005

 

 

 

 

ParRichardMBK

Rwanda : un nouveau miracle africain ?

Il y a 20 ans, au sortir du génocide, le pays des Mille Collines était en ruines. Aujourd’hui, les économistes louent les « progrès spectaculaires » enregistrés.

PAR MALICK DIAWARA

Publié le 19/08/2014 à 17:09 – Modifié le 03/04/2014 à 13:23 | Le Point Afrique

Le président rwandais Paul Kagamé à Bruxelles, le 2 avril 2014, au sommet UE-Afrique. © Geert Vanden Wijngaert / AP/SIPA

Qui aurait parié sur le Rwanda après l’épouvantable drame qu’il a vécu en 1994 ? À ce moment-là, les banques sont vides, les récoltes pourrissent sur pieds et les cadavres d’environ 800 000 victimes, essentiellement des Tutsi, minoritaires dans la population, jonchent les rues de toutes les localités ainsi que les champs éparpillés dans le pays. Une partie de la population hutu, ayant largement pris part aux massacres, fuit vers le Zaïre devenu depuis République démocratique du Congo. Les survivants découvrent leurs proches massacrés, leur maison pillée et leur bétail volé ou tué. Vingt ans plus tard, le spectacle est tout autre. Des Rwandais aisés paressent aux terrasses des artères bitumées de Kigali. Dans la capitale, une armée de balayeuses se relaie. Tout paraît en ordre. Est-ce là que réside le germe du « nouvel homme » que le Rwanda veut faire émerger. En tout cas, les économistes sont unanimes pour décrire les « progrès spectaculaires » accomplis par les autorités rwandaises. Issues de la rébellion qui a mis fin au génocide en juillet 1994, elles avaient récupéré un pays exsangue.

Le Rwanda vise à devenir un pays à revenu intermédiaire d’ici à 2020

Que s’est-il passé entre-temps ? « Depuis vingt ans, le PIB par habitant a été multiplié par cinq. Parallèlement, ces dernières années, le taux de pauvreté a baissé d’environ 25 % et les inégalités ont été réduites », indique la Banque mondiale (BM). « Certains appellent ça un triplé en termes de développement », explique Yoichiro Ishihara, économiste à la BM. Le Rwanda vise désormais à devenir d’ici à 2020 un pays à revenu intermédiaire. Comment ? En passant d’une économie encore essentiellement agricole à une économie de services. Cela ne signifie pas pour autant que le Rwanda soit sorti d’affaire. Malgré ses succès et une croissance annuelle moyenne d’environ 8 % de 2001 à 2012, il continue à faire face à des défis à la hauteur de ses ambitions. Il envisage en effet de porter, d’ici à 2018, le PIB à 1 000 dollars par habitant (contre 693 dollars en 2013) et de ramener le taux de pauvreté sous les 30 % contre 45 % actuellement. Surtout, si le Rwanda réduit depuis quelques années les inégalités, il reste le pays le plus inégalitaire de la région, selon le rapport 2013 de la Société internationale pour le développement sur l’état de l’Afrique de l’Est. En outre, le secteur de la construction, moteur de croissance toutes ces années, a été dopé par d’importants marchés publics. Mais désormais, « il est temps de passer au secteur privé », fait remarquer M. Ishihara.

En plus des services, le Rwanda mise désormais sur l’export de matières premières

La nouvelle ambition du pays, qui tire le gros de ses devises du tourisme, est désormais d’exporter ses matières premières (minerais, thé, café…) ainsi que des produits manufacturiers. À cet effet, une nouvelle zone économique spéciale de 98 hectares attire usines et entreprises agroalimentaires. « Le discours actuel est exporter ou mourir« , résume un responsable rwandais souhaitant garder l’anonymat. Parmi les atouts rwandais, une population jeune et éduquée. Environ « 70 % de la population a moins de 25 ans et les compétences sont là », explique Vivian Kayitesi, du Conseil de développement du Rwanda, organisme public. Et d’espérer que cette jeunesse va favoriser la croissance du secteur des services vers lequel les investissements sont passés de 800 millions de dollars en 2012 à 1,4 milliard en 2013.

Le pays doit aussi surmonter des handicaps

Le Rwanda a, certes, das atouts, mais aussi des points faibles. « Le mauvais état des infrastructures, le manque d’accès à l’électricité, enfin une capacité de production limitée constituent des obstacles majeurs à l’investissement privé », note la BM. L’aide extérieure représente environ 40 % de son budget de fonctionnement, indique la BM, qui souligne que les recettes intérieures du gouvernement, bien qu’en hausse, restent en deçà de la moyenne régionale. L’enjeu est donc crucial au regard de la baisse des aides extérieures depuis 2012. C’est qu’entre-temps le gouvernement du président Paul Kagamé a perdu de son aura. Jusque-là, il avait été chouchouté par les bailleurs occidentaux partagés entre un sentiment de culpabilité post-génocide et une certaine admiration pour un dirigeant africain « moderne ». 

Le rôle attribué à Kigali dans la déstabilisation de l’est de la RDC, d’une part, sa responsabilité supposée dans l’assassinat de dissidents à l’étranger, d’autre part, lui ont en effet attiré les critiques de ses plus proches alliés, États-Unis en tête. L’origine suspecte de certaines de ses matières premières est passée par là. Une partie de son coltan, minerai essentiel à la téléphonie mobile, est soupçonnée avoir été extraite illégalement en RDC. Résultat : certains marchés lui sont fermés malgré les dénégations de Kigali qui met en avant sa réputation de bonne gouvernance. « Le débat est clos depuis longtemps », assure le ministre rwandais des Finances. Claver Gatete souligne par ailleurs que le Rwanda a été le premier pays à assurer la traçabilité de ses minerais. « Le pays est aujourd’hui à un tournant », estime un diplomate. « On ne peut enlever vingt ans de succès, c’est magnifique. Mais les dirigeants rwandais pourraient tout perdre s’ils laissent les choses en l’état », explique-t-il en référence aux libertés sacrifiées au profit de la sécurité, de la stabilité et du développement. Au pays des Mille Collines, la méfiance reste donc de mise, car l’orage pourrait se déclarer sans prévenir. 

ParRichardMBK

Quel avenir pour la coopération Afrique-Monde arabe?

En 2014, les exportations des pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) vers l’Afrique subsaharienne se sont chiffrées à 19,7 milliards d’USD, soit 2 % seulement des exportations totales du CCG.

 page d’accueil > Afrique 24.11.2016  Mohamed Hedi Abdellaoui  Tunis   

 

AA/ Tunis Mohamed Abdellaoui

Encore une fois une épine vient se planter sur le chemin du rapprochement Afrique-Monde arabe. Le Maroc et huit pays arabes dont l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis se sont retirés du 4e Sommet afro-arabe, tenu mercredi et jeudi, à Malabo en Guinée équatoriale.

Justifiant ce retrait, le ministère marocain des Affaires étrangères et de la Coopération a contesté la présence d’une délégation du Sahara occidental, dans un communiqué publié mardi soir.

Ainsi, les rapports afro-arabes accusant déjà un grand retard en raison des conflits et de l’instabilité qui minent le Sahara ne font que tourner encore davantage au ralenti, cédant large la voie aux occidentaux et aux grands émergents, tels la Chine, l’Inde et la Russie, selon le penseur et théoricien du post-colonialisme Achille Mbembe.

Interrogé par Anadolu, le chercheur camerounais à l’Université du Witwatersrand de Johannesburg en Afrique du Sud, affirme que les deux partenaires dont les contacts ont précédé de plusieurs siècles l’instauration du régime colonial occidental, n’ont qu’à renforcer la coopération bilatérale en lançant des projets économiques, culturels et militaires communs.

Dans un monde multipolaire, ces partenaires ont intérêt à s’approcher les uns des autres pour résister à la convoitise des grandes puissances, être au diapason des évolutions technologiques et se faire une place dans le concert des nations, dit-il.

Pour Mbembe, la mort du dernier panafricaniste, l’ancien président Libyen Mouammar Kadhafi, qui avait initié « des gestes significatifs en faveur de l’intégration régionale et du rapprochement entre l’Afrique et le monde arabe, n’a fait qu’influer négativement sur le cours des choses ».

Conséquence: «les pays arabes sont plus ou moins absents de la course nouvelle vers l’Afrique », malgré plusieurs atouts favorables à un plus grand rapprochement entre Arabes et Africains, de l’avis de l’analyste camerounais.

Achille Mbembe entend par atouts favorables, des liens arabo-africains qui remontent aux Ve et VIe siècles, puisque le prophète de l’Islam Muhammad (Paix sur lui), lui-même, conseillait souvent à ceux de ses plus fidèles disciples qu’il voulait protéger de trouver refuge en Ethiopie pour échapper à la persécution des païens de La Mecque. D’autant que Bilal le muezzin du même prophète était d’origine éthiopienne.

Mbembe évoque, de surcroît, des configurations géographique et sociale propices au renforcement de la coopération entre deux mondes plus ou moins égaux sur le plan technologique. « Deux mondes qui devraient mettre le cœur à l’ouvrage en s’inscrivant dans la durée pour rattraper leur retard par rapport au monde développé », a-t-il ajouté.

Abondant dans le même sens, Djiby Diakhaté, professeur de Sciences politiques à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), préconise une meilleure présence arabe en Afrique, après « un certain déclin dû, entre autres, à l’intégration des deux régions dans le système capitaliste mondial. Lequel système capitaliste a considérablement affecté les liens qui les unissaient autrefois ».

«Les liens entre Arabes et Africains datent d’une époque lointaine qui a précédé de plusieurs siècles l’instauration du régime colonial occidental en Afrique et dans une partie du monde arabe. Ceci étant, la présence arabe s’étendait du Sénégal jusqu’à la mer Rouge en passant par la Savane et, le long de la Côte orientale, de l’Ethiopie à la Tanzanie. Aujourd’hui, les Arabes y sont presqu’absents, si l’on excepte quelques tentatives de certains pays du Golfe et du Maroc», explique Diakhaté.

A la question de savoir si l’utilisation par les mouvements séparatistes et irrédentistes de l’islam, comme cri de ralliement, ne s’érige en sérieux obstacle devant tout vrai rapprochement entre les deux anciens excellents partenaires, l’analyste sénégalais recommande de mieux toucher les populations en lançant des projets susceptibles d’améliorer leur condition précaire.

«Certains pays riches arabes, notamment ceux pétroliers, accordent des aides aux Etats africains, mais ces aides ne profitent pas aux populations pauvres de la région. Il faudrait plutôt opter pour la décentralisation et servir le développement dans les régions les moins reculées pour gagner la confiance des Africains. Le capital confiance est primordial dans le rétablissement des relations, autrefois excellentes, Afrique-Monde Arabe », explique Diakhaté.

Il fait, par delà, observer que même les craintes éprouvées par certains marabouts vis-à-vis d’ «une vision moderne de l’islam capable d’affaiblir leur contrôle et leur influence sur leurs coreligionnaires», pourraient être amadouées en faisant montre de solidarité et de philanthropie, mais aussi de pragmatisme bien dosé et réaliste, à l’égard de ces Africains livrés à eux-mêmes.

Selon une étude du Fonds monétaire international (FMI), en 2014, les exportations des pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) vers l’Afrique subsaharienne se sont chiffrées à 19,7 milliards d’USD, soit 2 % seulement des exportations totales du CCG. Dans le même temps, les importations du CCG en provenance de l’Afrique n’ont atteint que 5,5 milliards d’USD, dont la plus grande partie était destinée aux Émirats arabes unis, notamment à des fins de réexportation.

L’Afrique orientale reste, jusque-là, la région la plus attrayante pour les investissements du Golfe hors matières premières, les secteurs clés étant le commerce de détail et les hypermarchés, l’automobile, la banque commerciale et le tourisme. Le secteur manufacturier en Éthiopie, les loisirs, le commerce de détail et le tourisme au Mozambique et au Kenya, ainsi que l’éducation en Ouganda remportaient également les faveurs des investisseurs du Golfe, d’après une étude de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Dubaï, datant de 2015.

ParRichardMBK

Mobilisation contre le franc CFA en Afrique

MONNAIE

 

Mobilisation contre le franc CFA en Afrique

Par LIBERATION, ( avec AFP) — 8 janvier 2017 à 11:33

Créé en 1945, le franc CFA est la monnaie de quinze pays africains. Issouf Sanogo.AFP

 

Une manifestation contre le franc CFA a eu lieu samedi à travers plusieurs capitales africaines et européennes. Selon les organisateurs, il faut mettre un terme à cette survivance des colonies françaises d’Afrique.

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 Mobilisation contre le franc CFA en Afrique

Dans les rues d’Abidjan, Bamako, Bruxelles, Dakar, Kinshasa, mais aussi Londres, Ouagadougou ou encore Paris, des rassemblements, des manifestations ou des conférences se sont tenus samedi 7 janvier. Dans le cadre d’un appel mondial pour demander la fin du franc CFA.

«Les panafricains organisent pour la première fois, de Paris à Dakar en passant par Abidjan, Ouidah, Londres et Bruxelles, une journée internationale de mobilisation sur le thème du franc CFA et la nécessité de se défaire de cette monnaie postcoloniale», selon le communiqué transmis à l’AFP à Abidjan. Les organisateurs qualifient l’événement de «mobilisation inédite et historique» et expliquent aussi que le «front contre le franc des Colonies Françaises d’Afrique (CFA)» se fera à travers des conférences pour dénoncer «les effets pervers de cette monnaie postcoloniale» et réclamer «la fin de la servitude monétaire».

La monnaie commune à cette zone est depuis 1945 le «franc CFA», qui signifie «franc de la communauté financière africaine» dans l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest africaine) et «franc de la coopération financière en Afrique centrale» dans la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale). Créée en 1939, la zone Franc est un espace économique et monétaire d’Afrique subsaharienne, où vivent 155 millions d’habitants. Elle comprend 14 pays d’Afrique subsaharienne (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, Centrafrique et Tchad). Le quinzième membre est l’archipel des Comores. Le «CFA», autrefois arrimé au franc français, dispose d’une parité fixe avec l’euro. Ce lien fort est considéré par beaucoup comme un gage de stabilité.

Le gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao), l’Ivoirien Tiémoko Koné Meyliet avait affirmé le 23 novembre dernier que le franc CFA «pouvait continuer à servir les économies» des 15 pays qui l’utilisent, rejetant les critiques sur son caractère «désuet».

 

ParRichardMBK

L’Afrique face au nouveau désordre mondial

L’Afrique face à la perspective
d’un nouveau désordre mondial

Par Sayë (Richard) MBOUMA KOHOMM
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President Donald J. Trump speaks with Secretary of Defense James Mattis and other senior leaders of the armed forces at the Pentagon in Washington, D.C., Jan. 27, 2017. (DOD photo by U.S. Air Force Staff Sgt. Jette Carr)

La 72è Session Ordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies qui s’est tenue en septembre dernier à New York est révélatrice d’un nouveau désordre mondial auquel seront confrontés dans la décennie à venir, les 197 pays de la planète.
Dans cette sombre perspective, les discours de Donald Trump et d’Emmanuel Macron illustrent bien chacun à sa manière, les incertitudes lourdes de dangers qui menacent la paix mondiale – si tenté qu’elle en fut intangible – et la précaire stabilité géopolitique maintenue jusque-là depuis 1945.
En effet, ces deux discours exposent deux visions diamétralement opposées : d’une part, l’unilatéralisme « America first » de Donald Trump et de l’autre, un plaidoyer pour le multilatéralisme « à géométrie variable » d’Emmanuel Macron sont, de mon point de vue, deux pièges tendus sur la planisphère des relations internationales.
l’  « American first » de Donald Trump que beaucoup d’analystes qualifient de stupide mais surtout, de contraire aux intérêts fondamentaux autant économiques que géopolitiques des Etats-Unis, en voulant replier l’Amérique de l’ère Trump sur elle-même ! Contrairement à Barack Obama, l’un des meilleurs présidents que les Etats-Unis d’Amérique aient jamais eu (1), résumons brièvement « l’America first » de Trump. Au plan intérieur : diminution du rôle de l’Etat, suppression « d’Obama care », libération des pulsions racistes, construction de murs contre l’immigration etc. Au plan extérieur : annulation des accords de Paris sur le climat, celui avec l’Iran, ceux signés concernant la coopération entre les USA et ses principaux partenaires économiques. Ce qu’il faut savoir c’est que cette vision politique du président américain est soutenue par une majorité d’Américains blancs qui constituent son électorat.
Voyons maintenant en quoi consiste le multilatéralisme prôné par Emmanuel Macron à la tribune de l’ONU : « Mesdames et Messieurs, si mon pays aujourd’hui possède, dans l’ordre des Nations, cette place un peu singulière, cela lui confère une dette, une dette à l’égard de tous ceux qu’on a privés de leur voix. Et je sais que le devoir de la France est de parler pour ceux qu’on n’entend pas. Car parler pour eux, c’est aussi parler pour nous, aujourd’hui ou demain. Et en ce jour, ce sont ces voix oubliées que je veux porter.» Il poursuit plus loin : « Mais notre défi contemporain, celui de notre génération, c’est de savoir le refonder. C’est d’expliquer qu’aujourd’hui, dans le monde tel qu’il va, il n’ya rien de plus efficace que le multilatéralisme. Pourquoi ? Parce que tous nos défis sont mondiaux : le terrorisme, les migrations, le réchauffement climatique, la régulation du numérique, tout cela, nous ne les règlerons qu’à l’échelle de la planète, de manière multilatérale. A chaque fois que nous acceptons que ce ne soit pas le multilatéralisme, alors nous laissons la loi du plus fort l’emporter.
« Parce que, oui, mes amis, consacrer notre vision du monde, c’est par le multilatéralisme que nous pourrons le faire. Parce que cette vision est universelle. Elle n’est pas régionale. Parce qu’à chaque fois que nous avons cédé à certains qui disaient que la place de la femme, c’était l’affaire de quelques-uns, à un certain bout de la planète, mais pas des autres, que l’égalité entre les citoyens, c’était l’affaire d’une civilisation, mais pas d’une autre, nous avons abandonné ce qui nous a rassemblés ici, dans ce lieu, l’universalité de ces valeurs. Là aussi, nous avons cédé, dans certains pays, à la loi du plus fort.
« Parce qu’à chaque fois que les grandes puissances, assises à la table du Conseil de sécurité, ont cédé à la loi du plus fort, ont cédé à l’unilatéralisme, ont pu dénoncer des accords qu’elles avaient elles-mêmes signés, elles n’ont pas respecté le ciment du multilatéralisme qui est la règle du droit. C’est cela ce qui nous a fait, c’est cela qui construit la paix dans la durée.
« Alors oui, aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin du multilatéralisme, non pas parce que ce serait un mot confortable, non pas parce que ce serait en quelque sorte un refuge pour gens intelligents. Parce que le multilatéralisme, c’est la règle du droit, c’est l’échange entre les peuples, c’est l’égalité de chacune et chacun d’entre nous, c’est ce qui permet de construire la paix et de relever chacun de nos défis. »
Mais en même temps, la France maintient toujours des bases militaires au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, à Djibouti en plus des contingents des opérations de lutte contre le terrorisme au Mali, Niger, Tchad et RCA. Elle avait intervenu militairement il y six ans en Libye et en Côte d’Ivoire pour chasser du pouvoir Mouammar Kadhafi et Laurent Gbagbo. Ces compagnies multinationales exploitent en grande partie les gisements d’hydrocarbures au Gabon, au Congo Brazzaville, en Angola, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Nigeria etc, et siphonne une partie importante des retombés économiques de 15 pays du continent noir par le biais du Franc CFA, une monnaie coloniale mise en place en 1945 par la France, puissance coloniale, fabriquée et gérée depuis lors par le Trésor français ; avec la complicité active des différents dirigeants politiques qui se succèdent au pouvoir depuis les indépendances des dits pays ! Ce qui a pour conséquence, l’appauvrissement de plus en plus grandissant des malheureuses populations locales. Sans compter l’alignement systématique de la diplomatie des pays francophones d’Afrique sur les positions françaises dans les enceintes internationales.
En fait, un multilatéralisme qui serait réservé aux grandes nations de l’hémisphère Nord et la Chine, qui placerait la France au centre du jeu, parlant aussi au nom de l’Afrique, pour le règlement des grands problèmes brûlants présents et à venir que sont la menace nucléaire de la Corée du nord, l’accès à l’arme nucléaire par l’Iran, le terrorisme, l’immigration, le changement climatique… mais aussi la puissance économique de la Chine de plus en plus prédatrice dans tous les continents.
Toutes ces questions constituent aujourd’hui de graves menaces pour la survie des peuples entiers partout dans le monde.
Prenons le cas de la menace nucléaire nord-coréenne : depuis la fin de la guerre de Corée en 1953 et la mise en place d’une zone tapon démilitarisée entre les deux Corées, une sorte de « modus vivendi » s’était installée entre les deux parties de la péninsule. Les tirs de missiles de Pyongyang rompt de facto ce relatif équilibre qui existait jusqu’alors dans cette partie du monde.
Quand Donald Trump dit à l’ONU que si « l’Amérique ou un de ses alliés dans la région (Corée du sud , Japon) subit une attaque de la part de la Corée du nord – un accident n’étant pas à exclure – les Etats-Unis n’auront d’autre choix que de détruire la Corée du nord » – rappelons-nous du « game is over » de George W. Bush avec le déclenchement de la guerre d’Irak, la chute de Saddam Hussein et la naissance plus tard de Daesh, l’escalade verbal – pour le moment – entre Donald Trump et Kim Il Jong Un ne peut qu’être inquiétant. Il peut se terminer au mieux par un dialogue si la Chine, soutien de la Corée du nord, seul pays à avoir les moyens de ramener le dirigeant nord-coréen à la raison, décide d’agir dans ce sens. Ou déboucher sur une crise majeure – voire un conflit – dont les conséquences tant au nord comme au sud de la péninsule, mais aussi au Japon et dans les pays de la sous-région ainsi que leurs ondes de choc sur l’ensemble de la planète sont pour le moment inconnus et imprévisibles.
Et l’Afrique dans tout ça ? En cela, le discours du président Macky Sall prononcé au cours de cette Session annuelle des Nations Unies est de mon sens, intéressant. Que dit-il ? : « Il est temps de ne plus considérer l’Afrique comme un continent du futur, qui se contente de promesses aléatoires que d’autres conçoivent, écrivent et interprètent à sa place. L’Afrique se veut partie prenante d’un présent qui tienne compte de ses intérêts et besoins d’émergence, par des partenariats rénovés et mutuellement avantageux.» Composée de 54 pays petits et moyens aux intérêts politiques et économiques hétéroclites, l’Afrique, en tant qu’entité divergente, ne peut compter que comme actrice négligeable. L’Union Africaine, compte tenu de son organisation actuelle, est une institution sans réel poids diplomatique sur la scène mondiale. Le continent noir est encore considéré par les puissances établies et émergeantes comme la Chine et l’Inde, au mieux, comme pourvoyeur de matières premières, un marché potentiel et gigantesque de consommateurs ; au pire, comme un champs clos de rivalités et de possessions économiques entre Chinois, Indiens, Turques et Arabes, mais aussi et encore Européens et Américains ; comme naguère il fut pourvoyeur d’esclaves il est aujourd’hui, celui d’une main-d’œuvre abondante et bon marché, d’une jeunesse fuyant au péril de leurs vies, une misère effroyable ; un ensemble territorial ravagé par une pauvreté endémique, conséquence directe de la mauvaise gouvernance des Etats.
Pour changer cet état de chose, les 54 pays du continent noir n’ont d’autre choix que de construire une véritable Union des Etats-Nations, qui met en place une organisation institutionnelle unissant toutes ses forces : politiques, diplomatiques, économiques, sociales et civilisationnelles.
On a pas besoin de grands analystes pour voir que l’Union Africaine telle qu’elle existe aujourd’hui, vidée de sa substance par des organisations sous-régionales qui lui font doublon dans plusieurs domaines – essentiels pour l’unité du continent –, affaiblissent son poids géopolitique et sa parole sur la scène mondiale.
L’avenir de l’Afrique s’inscrit dans un impératif d’unité pour faire face aux défis tant intérieurs qu’extérieurs, présents et futurs : nourrir et donner du travail à 2 milliards d’habitants d’ici 2050 ; éradiquer le terrorisme islamiste et les pandémies comme le sida et le paludisme ; éduquer et former une jeunesse dynamique, fer de lance d’une Afrique en mutation ; instaurer des relations d’égalité avec le reste du monde, dans une coopération mutuellement bénéfique. Pour ce faire, le Continent a besoin d’avoir à la tête de ses pays, de nouveaux dirigeants, politiquement éclairés et panafricanistes, pour mener à bien des reformes véritablement révolutionnaires. Karl Max écrivait « qu’il n’y a pas de bonheur sans révoltes ». Révoltes contre des situations d’injustices et d’iniquités, de conditions de vie inacceptables. Encore faut-il en être conscient. C’est ce combat pour la conscientisation des jeunes et des peuples africains aux enjeux qui conditionnent l’avenir de notre Continent que nous essayons de mener au sein de l’Institut du Panafricanisme.

Lire l’article de Louis Balthazar sur le site cm24news.com

Par Sayë (Richard) MBOUMA KOHOMM
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ParRichardMBK

Forum DAKAR 2017

PRÉSENTATION DU FORUM

Le Forum International de Dakar sur la Paix et la sécurité en Afrique rassemble annuellement de nombreux chefs d’Etats et de gouvernements africains, des partenaires internationaux, ainsi que de multiples acteurs de la Paix et de la Sécurité. Lancé lors du Sommet de l’Elysée de 2013 organisé par la France, La première édition du forum s’est tenue en décembre 2014 à Dakar sous le Haut Patronage du Président sénégalais, Macky Sall, qui a décidé avec enthousiasme d’accueillir ce rendez-vous désormais incontournable.

Les trois premières éditions ont connu un succès international significatif et ont rassemblé quelque 500 participants de haut niveau venus du monde entier. De nombreux échanges fructueux ont contribué à mieux cerner les nouveaux enjeux sécuritaires et stratégiques auxquels fait face le continent. Ils ont permis de faire émerger de nouvelles approches dans les politiques de défense, de sécurité et de développement, et de renforcer les partenariats africains avec les instances internationales. La Quatrième édition du Forum International de Dakar sur la Paix et la Sécurité en Afrique se tiendra à Dakar les 13 et 14 novembre 2017 et sera cette année consacrée aux nouveaux enjeux stratégiques du continent, avec pour thème « Défis sécuritaires actuels en Afrique : pour des solutions intégrées »

ParRichardMBK

Barack Obama, un président « exceptionnel »

GRANDS DOSSIERS DE DIPLOMATIE

Barack Obama, un président « exceptionnel »

 

Élu pour un premier mandat le 4 novembre 2008, et en fonction depuis le 20 janvier 2009, le président Barack Obama s’est vu attribuer le prix Nobel de la paix le 9 octobre 2009 « pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples ». En poste depuis moins d’un an, il aurait infléchi la politique étrangère américaine avec une approche plus consensuelle et multilatérale, « créant un nouveau climat dans la politique internationale », selon le président du comité Nobel. Certains ont jugé ce prix prématuré et inattendu. (© Drop of Light/Shutterstock)

Il est sans doute trop tôt pour affirmer que Barack Obama fut un grand président. Six mois avant la fin de ses huit années à la Maison-Blanche, il jouissait d’appréciations favorables qui dépassaient les 50 % de la population américaine mais, au chapitre de la politique étrangère, il est encore l’objet de nombreuses critiques.

On reproche à Barack Obama d’avoir renoncé au leadership américain dans le monde, d’avoir considérablement miné la crédibilité des États-Unis auprès de ses alliés et de laisser souvent l’initiative à d’autres acteurs, notamment la Russie. Aux yeux de la droite américaine, il a renoncé à épouser l’« exceptionnalisme », posture selon laquelle les États-Unis auraient occupé une position toute spéciale dans les relations internationales, y jouant un rôle providentiel.

Du côté des démocrates et des milieux de gauche, Obama est accusé d’avoir trahi l’idéal qu’il annonçait en campagne électorale et dans les grands discours de la première année de sa présidence. Obama ne s’est pas distingué, comme semblaient le prévoir ceux qui lui ont accordé un prix Nobel de la paix à l’automne 2009, comme le héraut d’un monde nouveau. Il a plutôt poursuivi la « guerre au terrorisme » qu’avait déclarée George W. Bush, tout en se gardant d’utiliser le terme. Il a accéléré le recours aux avions robots dits « drones » pour éliminer certains leaders de mouvements terroristes. Il laisse une situation désastreuse au Moyen-Orient et rien d’impressionnant ailleurs dans le monde.

En dépit de toutes ces critiques, qu’elles soient fondées ou non, Barack Obama passera tout de même à la postérité comme un président exceptionnel. Le premier afro-américain, le premier sans racines européennes et, pourrait-on dire, le premier intellectuel à devenir président depuis fort longtemps. D’après Charles-Philippe David, il est « certainement l’un des présidents les plus intelligents, les plus proactifs et les plus ouverts aux débats » (1) depuis Franklin Roosevelt.

Il y a plus encore. Ce président a offert une rare combinaison d’idéalisme et de pragmatisme inspirée par une pensée théologique. Il a reconnu, comme aucun de ses prédécesseurs depuis la Deuxième Guerre mondiale, la limite de la puissance américaine. Il a voulu, comme personne avant lui, se dissocier des dogmes du « National Security State » (2).

Idéalisme et pragmatisme

Obama est d’abord apparu comme un grand idéaliste en raison de son engagement à mener une politique étrangère nouvelle et de son insistance sur son « mindset » ou état d’esprit qui l’amenait à rejeter l’engagement militaire américain en Irak. Son idéalisme est bientôt tempéré cependant par une attitude réfléchie, prudente et pragmatique dans les décisions à prendre en matière internationale. La formation de son premier cabinet est à ce titre éloquente, dans la mesure où ses nominations semblent expressément conçues pour refroidir ses ardeurs pacifistes : une secrétaire d’État (Hillary Clinton) reconnue comme plus disposée que lui au recours militaire, un secrétaire à la Défense républicain hérité de l’administration de George W. Bush (Robert Gates) et un conseiller en matière de sécurité nationale issu des milieux militaires (James Jones).

Obama s’est dit lui-même fervent disciple du théologien Reinhold Niebuhr ; sa manière de concevoir la politique étrangère et de prendre les décisions les plus importantes en sont le reflet. On sait que Niebuhr a exercé une forte influence sur les intellectuels américains de l’école réaliste. Son ouvrage, The Irony of American History (3), publié en 1952, dénonce l’hypocrisie des dirigeants américains qui ont mis en œuvre des politiques d’une moralité douteuse tout en se croyant vertueux, tout en prétendant agir selon les desseins de la Providence divine. Cette pseudo-moralité de la politique étrangère des États-Unis et surtout la bonne conscience de ses acteurs ne trouvent aucune grâce à ses yeux. Dans un livre qui s’intitule fort à propos The Irony of Barack Obama (4), Holder et Josephson livrent un exposé étendu de la doctrine de Niebuhr en y voyant un écho dans la plupart des grandes décisions d’Obama au cours de son premier mandat. Selon eux, Obama reconnaît que la décision politique n’est jamais purement rationnelle : « cette lucidité est fondamentale pour le pragmatisme et l’équilibrage des intérêts selon Obama » (5). Il dénonce l’exceptionnalisme absolu et les décisions instinctives. Pragmatique et réaliste, il gouverne au ras des faits bruts et des nécessités de l’intérêt national. Le slogan « Don’t do stupid things » traduit bien un minimalisme inspiré par la prudence et le souci constant d’équilibrer les options.

Pour soucieux qu’il soit de guider son pays vers une « union plus parfaite » et un rôle bienfaisant sur la scène internationale, il est toujours inspiré par la réflexion, le souci d’entendre toutes les opinions, de peser patiemment le pour et le contre. Dans son discours d’Oslo en décembre 2009, par exemple, il prépare la voie à la décision prudente et mesurée d’intervenir en Libye en 2011 (6). James Mann voit dans le discours d’Obama un mélange entre le réalisme de Henry Kissinger et Brent Scowcroft, d’une part, et l’idéalisme de Woodrow Wilson, d’autre part (7). Le 44e président lui-même confesse dans une grande entrevue du printemps 2016 qu’il est rempli d’admiration pour le conseiller du premier président Bush pour la sécurité nationale (8).

Rejet de l’exceptionnalisme

C’est sans doute, pour une bonne part, en raison de ce pragmatisme qu’Obama en vient à rompre avec une grande tradition américaine selon laquelle les États-Unis, bénis par la Providence, sont voués à une destinée exceptionnelle, soit celle de présenter un modèle pour le monde ou d’assurer un leadership à tous les peuples de la planète. Tous les discours de présidents américains sont empreints de cette conception. Obama lui-même ne se prive pas de célébrer la grandeur de son pays et le bien-fondé de ses politiques. Il revient souvent sur le fait qu’aucun autre pays ne permettrait une ascension politique aussi spectaculaire que la sienne. Mais il reconnaît volontiers que l’histoire de son pays n’est pas sans tache. Il va même jusqu’à admettre des erreurs toutes récentes en matière de politique étrangère américaine. Dans son discours à l’Université du Caire, le 4 juin 2009, faisant allusion au rôle de la C.I.A. dans le renversement de Mossadegh de 1953, il confesse que le gouvernement de son pays « a joué un rôle dans le renversement d’un gouvernement iranien démocratiquement élu ».

Il pratique un leadership discret, recherchant constamment l’appui des alliés. Il reconnaît la limite des moyens de la puissance américaine. Dans son discours du 1er décembre 2009 à West Point, il abandonne la rhétorique de ses prédécesseurs (9). Il reconnaît que « le pouvoir américain de déterminer le cours de l’histoire n’est pas absolu » (10). « Le véritable leadership, déclare-t-il dans son discours du 28 mars 2011 annonçant au peuple américain l’intervention militaire en Libye, crée les conditions et les coalitions qui permettent aux autres de se joindre à nous » (11). James Mann y voit une approche sans précédent depuis la Deuxième Guerre mondiale (12).

Obama semble bien aussi accepter le défi de gérer le déclin relatif des États-Unis. On pourrait attribuer, il est vrai, les changements qu’apporte Obama à la conduite de la politique étrangère à la situation nouvelle des États-Unis, affectés par une grave crise économique dans un monde où leur suprématie n’est plus absolue, si elle l’a jamais été. Selon Robert Singh, « les aspects postaméricains de la politique étrangère des États-Unis viennent moins de lui personnellement que du climat international inhospitalier dans lequel les États-Unis ont forcément émergé bien avant son arrivée à Washington » (13). Il faut bien constater qu’avec un système international dans lequel la Chine joue un rôle grandissant, de même que plusieurs puissances émergentes, le rôle des États-Unis ne peut plus être celui qu’il était encore à la fin du deuxième millénaire. Il serait impensable aujourd’hui de parler de « moment unipolaire » comme on le faisait, d’ailleurs déjà inopinément, en 2000. Le défi contemporain se résout à mesurer les engagements et les responsabilités américaines selon des capacités relativement déclinantes. Il semble bien, selon Paul Sharp, que le président Obama prend conscience de ce défi. Dans un discours de novembre 2010, au retour d’une conférence du G20 à Séoul, il déclarait : « Nous sommes un pays très grand, très riche, très puissant. Nous avons exercé une influence hors mesure sur le monde durant un siècle. Mais nous sommes désormais dans une situation où un grand nombre d’autres pays vont très bien et se prennent en main et deviendront naturellement plus assurés dans l’expression de leurs idées et de leurs intérêts. C’est une bonne chose » (14).

Obama demeure profondément préoccupé par les hauts et les bas de l’opinion publique. Mais il résiste toujours à faire écho à quelque manifestation de paranoïa. C’est là ce qui explique sans doute sa réticence à parler de « guerre globale à la terreur », même quand il la pratique. Cela explique aussi son effort pour occulter certaines interventions militaires, sinon pour les limiter. Obama est toujours aux antipodes des triomphalismes populaires à la Reagan ou à la Bush fils. En témoignent d’ailleurs les nombreuses critiques des faucons et de ceux qui l’accusent de pratiquer une politique étrangère tiers-mondiste, reflétant les origines africaines de son père (15). On lui a aussi vivement reproché de rejeter l’exceptionnalisme américain. Quand on lui a demandé de s’expliquer à cet égard, il a répondu qu’il croyait à l’exceptionnalisme américain tout comme les Britanniques ont raison de se croire exceptionnels, de même que les Grecs et les autres (16).

Rejet du réflexe militariste

Dans cette veine, Barack Obama a toujours éprouvé un certain malaise en regard de l’énorme puissance militaire américaine. Certes il n’a jamais voulu écarter l’utilisation de la force ; en témoignent tous ses discours à ce sujet, sa disposition à renforcer les effectifs militaires en Afghanistan à l’automne 2009 après de longues semaines d’hésitation, le recours fréquent aux assassinats ciblés au moyen des drones, l’organisation complexe de la capture de Ben-Laden en 2012, l’intervention en Libye, la guerre déclarée contre le soi-disant État islamique à compter de septembre 2014 et l’accroissement des effectifs militaires durant ses deux mandats.

Il restera cependant dans l’histoire comme un président qui a tenu à résister à ce qu’on peut appeler le réflexe militariste de la grande puissance américaine, la tentation de recourir spontanément soit à l’exercice de la puissance, soit à la menace la plus crédible possible de l’intervention militaire. Or, aux yeux de la plupart des « élites de la politique étrangère », la crédibilité des États-Unis auprès des ses alliés comme de ses adversaires réclame l’utilisation ponctuelle de la puissance. C’est là ce qu’on pourrait entendre comme une donnée essentielle du « National Security State », c’est-à-dire un appareil d’État fortement conditionné par la panoplie des moyens militaires. Notons en passant que le ministère américain de la Défense, le Pentagone, constitue la plus grande entreprise industrielle au monde, gérant un budget annuel qui dépasse les 700 milliards de dollars américains et dont le pouvoir et l’influence s’étendent sur l’ensemble du gouvernement de Washington et sur plusieurs secteurs de la société américaine.

Dans un discours à l’académie militaire de West Point, au printemps 2014, le président Obama met en garde son auditoire contre ce recours excessif à la force pour réagir aux crises internationales : « Mais dire que nous avons intérêt à promouvoir la paix et la liberté au-delà de nos frontières ne signifie pas que tout problème a une solution militaire. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, certaines de nos erreurs les plus coûteuses sont venues non pas de notre retenue, mais de notre disposition à nous précipiter dans des aventures militaires sans réfléchir à toutes les conséquences – sans mobiliser un appui international et établir la légitimité de notre action ; sans expliquer franchement au peuple américain les sacrifices requis. Les propos sévères font souvent la une des journaux, mais la guerre se conforme rarement aux slogans. (…) Mais une intervention militaire américaine ne peut pas être la seule – ni même la principale – composante de notre leadership en toutes circonstances. Ce n’est pas parce qu’on a le meilleur marteau qu’on doit voir chaque problème comme un clou. »

Obama devient plus explicite à l’endroit de l’establishment militaire et des milieux de la capitale nationale dans l’entrevue magistrale qu’il accorde à Jeffrey Goldberg en mars 2016. Il voit dans l’obsession de la crédibilité une sorte de fétiche : « larguer des bombes simplement pour prouver que vous êtes capable de le faire est la pire raison pour utiliser la force » (17).

Il se défend ainsi de ne pas être intervenu en Syrie après avoir laissé entendre qu’il le ferait si le régime Assad allait jusqu’à employer des armes chimiques pour mâter ses citoyens rebelles. Au moment où le dictateur a franchi ce que le président américain avait appelé une ligne rouge, Obama a tergiversé puis, devant le refus du Royaume-Uni de se joindre aux États-Unis dans une opération punitive, alors que la France y était disposée, il s’est contenté de demander un appui au Congrès, qui lui fut refusé. Il a dû recourir ensuite au président russe, Vladimir Poutine, pour obtenir qu’Assad renonce volontairement aux armes chimiques. On a vu dans ce retrait la grande faille de l’administration Obama, un aveu de faiblesse, voire une trahison des engagements américains et du leadership habituel des États-Unis dans une des zones les plus troublées de la planète. Il est difficile de ne pas attribuer à Obama une grande part de responsabilité devant l’hécatombe consécutive au peu d’appui accordé aux rebelles syriens.

Le 44e président plaide non coupable en évoquant le bourbier dans lequel seraient entrés les États-Unis s’ils étaient intervenus. Comment n’auraient-ils pas hérité de la responsabilité de mettre en place un nouveau régime, comme ce fut le cas en Irak ? Comment une intervention n’aurait-elle pas constitué un piège dans lequel les Américains se seraient empêtrés, comme cela s’est produit si souvent dans le passé ?

Mais alors, pourrait-on rétorquer au président, pourquoi avoir menacé d’intervenir, pourquoi avoir blâmé sévèrement le gouvernement syrien et invité Assad à démissionner ? « C’est là, dit-il, un étrange argument, cette idée que si nous avons recours à notre autorité morale pour affirmer que ce régime est brutal et qu’il ne devrait pas traiter son peuple de cette façon, nous sommes alors obligés d’envahir le pays et d’installer un gouvernement de notre choix. » (18)

Quoi qu’il en soit du bien-fondé de l’argument d’Obama, on se souviendra certainement de lui pour avoir résisté, correctement ou non, aux élites de Washington qui, pour la plupart, l’enjoignaient à fonder la crédibilité américaine sur l’usage de la force.

Même si ce président ne se sera pas privé, par ailleurs, de recourir abondamment aux drones dans la lutte au terrorisme et de bombarder systématiquement les forces djihadistes en Irak et en Syrie, il aura été aussi un adepte de la diplomatie. L’accord conclu avec l’Iran à l’été 2015 pour prévenir l’acquisition d’une force nucléaire par ce pays constitue un grand succès de son administration et le résultat de longues et pénibles négociations. Cet accord n’a pas fait l’unanimité à Washington, loin s’en faut. Il a été aussi fortement réprouvé par les alliés traditionnels des États-Unis au Moyen-Orient, en Israël et en Arabie saoudite. Les résultats n’en sont pas encore évidents, mais cela demeure un grand moment de la diplomatie d’Obama. Il en va de même du rétablissement des relations diplomatiques avec Cuba et des accords de Paris en décembre 2015 sur les changements climatiques.

Quel bilan des années Obama ?

Le président Obama a caressé de grands objectifs en politique étrangère. Il allait modifier l’axe géopolitique de la présence américaine dans le monde en établissant un nouveau pivot en Asie. L’émergence considérable des pays d’Asie, leur énorme population et leur poids économique laissent croire que l’avenir appartient à cette région. Obama s’y intéresse d’autant plus qu’il n’a pas de racines en Europe et se propose d’évacuer le bourbier du Moyen-Orient, ce qui apparaît opportun dans un contexte de dépendance décroissante vis-à-vis des pays producteurs de pétrole. Mais la menace continue, brutale et grandissante des djihadistes du soi-disant État islamique et d’Al-Qaïda oblige Washington à poursuivre ses opérations militaires dans cette région. Le pivot asiatique n’aura pas vraiment pris forme.

Obama se proposait encore d’engager de nouvelles relations avec la Russie. Après huit ans, l’antagonisme n’a pu que s’accentuer entre les deux grandes puissances nucléaires, au point de rappeler l’époque de la guerre froide. Poutine en porte une grande part de responsabilité, mais Obama n’a sûrement pas fait preuve d’une grande habileté diplomatique dans ce dossier. Il n’a pas réussi davantage au chapitre du contentieux israélo-palestinien. Le Premier ministre Netanyahou lui a tenu tête, au point d’aller se faire applaudir par le Congrès en 2015, à la barbe du président. Obama n’a pas eu plus de succès dans le monde arabo-musulman. Même après son discours mémorable au Caire en 2009, les perceptions négatives à l’endroit de Washington prévalent toujours dans les populations du Moyen-Orient.

Malgré cette situation peu enviable, Obama peut terminer son mandat la tête haute à la face du monde. Les États-Unis dominent toujours la scène internationale et leur puissance, pour déclinante qu’elle soit, est toujours considérable à plus d’un titre. La présidence d’Obama aura été marquée non pas par l’exceptionnalisme américain, mais par une combinaison exceptionnelle d’idéalisme et de pragmatisme, une prise de conscience de la mesure limitée de la puissance et une résistance à des démonstrations excessives de force militaire au nom du maintien d’une sacro-sainte crédibilité.

Notes
(1) Charles-Philippe David, Au sein de la Maison Blanche : De Truman à Obama, la formulation (imprévisible) de la politique étrangère des États-Unis, Québec,  Presses de l’Université Laval, février 2015, p. 921.
(2) Expression fréquemment employée par les critiques du système militaro-industriel des États-Unis.
(3) Reinhold Niebuhr, The Irony of American History, New York, Scribner, 1984.
(4) R. Ward Holder & Peter B. Josephson, The Irony of Barack Obama: Barack Obama, Reinhold Niebuhr and the Problem of Christian Statecraft, Burlington (VT), Ashgate Publishing Company, 2012.
(5) Holder & Josephson, op. cit., p. 100.
(6) James Mann, The Obamians: The Struggle Inside the White House to Redefine American Power, New York, Viking, 2012, p. 154 : Holder & Josephson, op.cit., p. 128 ss.
(7) James Mann, op. cit., p. 166.
(8) « Obama, contrairement aux interventionnistes libéraux, est un admirateur du réalisme de la politique étrangère du président George H. W. Bush et, en particulier, du conseiller en sécurité nationale de Bush, Brent Scowcroft («J’adore ce type», m’a dit une fois Obama). » Jeffrey Goldberg, « The Obama Doctrine », The Atlantic, avril 2016. 
(9) James Mann, op. cit., p. 139-140. 
(10) Holder & Josephson, op.cit., p. 128.
(11) Mann, op. cit., p. 294.
(12) Mann, op.cit., p. 300.
(13) Robert Singh, The Post-American Foreign Policy of Barack Obama: The Limits of Engagement, Londres, Bloomsbury, 2012.
(14) Paul Sharp, « Obama, Clinton and the Diplomacy of Change », in Paul Sharp et Geoffrey Wiseman (dir.), American Diplomacy, Martinus Nijhoff, Leiden, Boston, 2012, p. 174-175.
(15) Voir Mann,  op.cit., p. 72-73.
(16) Cité par Renshon, Barack Obama and the Politics of Redemption, New York, Routledge, 2012, p. 93
(17) « The Obama doctrine », op.cit.
(18Ibid.

ParRichardMBK

ADAPTER LES FORCES DE DÉFENSE ET DE SÉCURITÉ AUX MENACES ACTUELLES

 

Serge Michailof

1) Quelles sont ces nouvelles menaces ?
Les menaces qui pèsent désormais sur nombre d’Etats africains n’ont – elles pas changé de nature ?
N’y a t- il pas des caractéristiques particulières aux pays où ces menaces se développent ? Quels sont les problèmes fondamentaux non sécuritaires auxquels font face ces pays ?
 
Quels pays et quelles régions en Afrique sont principalement concernés par ce nouveau type de menaces ?
 
Quels sont les principaux dangers posés par ces menaces ?
Ces menaces s’inscrivent –elles dans le cadre d’un arc de crise régional ou sont- elles spécifiques à l’Afrique et/ou à certains pays africains très particuliers ?
Peuvent- elles provoquer des déstabilisations régionales aux conséquences majeures ?
On constate des « départs de feu » dans des régions qui elles mêmes,constituent de véritables poudrières. Comment faire face à ces nouvelles menaces ? Faut- il se contenter de traiter les départs de feu ?
 
Au centre du Mali, divers groupes armés profitent de la faiblesse de l’appareil d’Etat pour instrumentaliser les difficultés économiques, sociales et politiques locales. L’insécurité conduit les villages à créer des milices d’autodéfense. L’insécurité ne risque-elle pas de se généraliser et l’économie locale de se paralyser ? S’agit- il d’un exemple caractéristique ces nouvelles menaces où se conjuguent interventions extérieures et graves problèmes internes ?
 
2) Comment y faire face ?
Ce type de conflit peut- il être réglé par des armées étrangères ?
 
Ces conflits peuvent-ils être définitivement résolus par de seuls moyens militaires ?Ne faut- il pas, en parallèle de l’extinction des départs de feu, « désamorcer les poudrières » et comment ?
Pour ce faire, quel peut être le rôle de l’aide internationale ? Mais celle-ci a été massive en Afghanistan et elle a pourtant échoué. Mais pourquoi donc ? Ne risque t- elle pas d’échouer aussi en Afrique ?
Une des réponses classiques à ces menaces est le recours à des forces de maintien de la paix des Nations Unies. Que penser de leur efficacité à court et long terme et de leur rapport coût efficacité ?
S’il importe de reprendre le contrôle de régions et de populations qui ont partiellement ou totalement échappé au pouvoir de l’Etat central, ne faut-il pas renforcer considérablement non seulement les forces armées nationales, mais aussi l’ensemble des autres institutions régaliennes : justice, gendarmerie, police et administration territoriale ? Pourquoi ceci n’a-t-il pas été précisément la voie suivie en Afghanistan ?
Comment procéder pour ce faire ? Des programmes de formation et d’équipement sont- il suffisants ou faut-il envisager des réformes plus ambitieuses ?
Quels sont les obstacles de nature technique et organisationnels qui compliquent la reprise en main des institutions correspondantes ?
 
N’y a-t-il pas en plus, des obstacles de nature politique ?
 
Quid du financement de tels programmes ? Ces pays ont-ils la capacité financière pour cela ?
 
Si une prise en charge internationale des dépenses de sécurité de ces pays est nécessaire,ceci pose-t-il un problème financier à la communauté internationale ?
 
Une telle prise en charge externe de ces dépenses de sécurité serait-elle justifiée et comment ?
 
Un tel financement externe d’une partie des dépenses de sécurité de ces pays ne va-t-il pas se heurter à de multiples obstacles ? Les grandes agences de développement multilatérales sont elles d’accord pour cela ? Les opinions publiques occidentales y sont-elles prêtes ? Est-il envisageable de changer les pratiques des bailleurs pour la prise en charge des dépenses militaires ou des dépenses de sécurité relevant de l’appareil régalien non militaire ?
Comment sortir d’une approche comptable de la sécurité qui conduit ces pays qui sont tous sous surveillance du FMI à dimensionner leurs budgets sécurité en fonction de leurs ressources propres et habituellement mobilisables et à répondre aux urgences sécuritaires par des collectifs budgétaires qui creusent des déficits non financés et amputent les dépenses de développement, sans pour autant répondre aux besoins réels de sécurité ?
 
Y a-t-il des alternatives à la prise en charge directe des dépenses militaires et sécuritaire par l’aide internationale auxquelles manifestement répugnent les agences de développement ? Qu’en est – il d’approches indirectes par des appuis budgétaires ?
 
N’y a-t-il pas à cette prise en charge indirecte du coût de la sécurité par l’extérieur, des obstacles difficiles à surmonter et lesquels ?
 
Ne faut-il pas sortir ces pays d’une logique d’urgence réactive qui les conduit à de mauvais choix ?
 
Ne faut-il pas introduire une grande transparence dans un secteur accusé à tort ou à raison de grande opacité. Comment faire ?
 
Comment associer à ces approches FMI et Banque mondiale ?

Auteur de “Africanistan, l’Afrique en Crise va t- elle se retrouver dans nos banlieues » Fayard 2015.
Le rapport de la fiscalité au PIB de ces pays est de l’ordre de 16 à 20 %. Les dépenses de sécurité ont été en gros multipliées par 3 depuis 2012 et, sans pour autant pouvoir répondre à ces menaces, atteignent 6 à 7 % de leur PIB au moment où leurs dépenses sociales explosent avec 40 à 50 % de leur population qui a moins de 15 ans.

ParRichardMBK

Jerry Rawlings : de la Révolte à la Démocratie

Giovanni C. DJOSSOU

 

 

« La révolte naît du spectacle de la déraison, devant une condition injuste et incompréhensible » (A. Camus, L’Homme Révolté)

En ce début d’année 2011, les peuples d’Afrique du Nord donnent un nouveau relief à ce mot de Camus.  On ne peut que se réjouir de ce mouvement devenu irrépressible, insufflée par la jeunesse de Tunis et du Caire.

Cela étant dit, on est en droit de se demander ce qu’il adviendra de ces peuples ; quand la révolte laissera place à la révolution ; quand la contestation unanime d’un régime se transformera en discutions pour la mise en place du prochain. D’aucuns se réjouissent de cet élan de démocratie au Maghreb et au Moyen-Orient ; d’autres, s’inquiètent (à tort ou à raison) de la possible influence des Frères Musulmans dans la nouvelle Egypte ; Enfin, le leader Libyen lui-même brandit à l’occident le spectre de l’immigration et du terrorisme s’il n’est plus en place.

Le temps crucial du changement n’est pas  plus le soulèvement que la reconstruction.

Des pays d’Afrique, ont déjà, par le passé, pris leur destin en main au détriment des dirigeants initialement en place. Par d’autres moyens, par d’autres vecteurs. J’en profite donc pour vous présenter un bref portrait de Jerry Rawlings, chef d’Etat du Ghana de 1981 à 2001. A travers son parcours nous observerons les raisons de sa volonté de changement, les ressorts qui ont permis son accession au pouvoir. Se posera également la question de la démocratie via l’exercice du pouvoir.

Jerry John Rawlings est né à Accra en 1947 d’une mère ghanéenne et d’un père écossais. Il se tourne très vite vers une carrière militaire et en 1969 entre dans l’armée de l’air ghanéenne dont il en deviendra Lieutenant d’aviation neuf ans plus tard en 1978.

En 1966, le gouvernement  d’indépendance de Kwame NKrumah est irrégulièrement renversé par les militaires avec l’aide de la CIA (cf. : « Interview with John Stockwell on Black Power » BBC 22 juin 1992). S’en suit alors une période de dix années d’instabilité politique où le pluralisme politique est suivi de nouveaux coups d’Etats ; où le gouvernement de Joseph Ankrah, à l’origine de la déchéance de Nkrumah, est lui-même délogé après élections par Edward Akufo-Addo dont le « Parti du Progrès » deviendra le parti unique jusqu’en 1972. En 1975, l’arrivée au pouvoir du Conseil Militaire Suprême aggrave une situation déjà critique dans un pays miné par la corruption. C’est pour lutter contre ce régime que Rawlings décide de fomenter un coup d’Etat en mai 1979. Ce coup d’Etat échoue et Rawlings est emprisonné pour mutinerie. Ses états de service passés lui confèrent un certain crédit qui lui permet d’être libéré très vite. Dès sa libération, Rawlings n’a qu’une seule idée en tête : préparer un nouveau coup d’Etat. C’est ce qu’il réalise en juin de la même année. Cette fois-ci, le coup d’Etat est un franc succès. Le lieutenant s’empresse alors de créer un Comité Insurrectionnel composé des cadres de l’armée qui l’aident à réaliser ce coup d’Etat. Dans un souci d’éradication définitive de  la corruption dans son pays, il fait fusiller 8 généraux dont 3 anciens chefs d’Etat.

Rawlings souhaite une certaine stabilité politique et financière au Ghana sans pour autant chercher à prendre le pouvoir. C’est ainsi que durant les semaines qui suivent, Rawlings s’attache, en tant que chef du Comité Insurrectionnel, a ramener le calme au Ghana tout en préparant de nouvelles élections libres. Ces dernières ont lieu en septembre 1979 et consacrent  Hilla Limann dirigeant intègre du People National Party. Si les premiers mois de Limann s’avèrent satisfaisants, les problèmes de corruption remontent très vite à la surface, accompagnés de plus grandes inégalités économiques et sociales. Face à cette désillusion, Rawlings décide de mener son troisième coup d’Etat en un peu plus de deux ans. Son objectif est clair cette fois : prendre le pouvoir. Ce coup d’Etat a lieu le 31 décembre 1981.

Dès lors, en tant que nouvel homme fort du Ghana, Rawlings a deux objectifs majeurs : instaurer une stabilité politique en luttant contre la corruption, et réduire considérablement les inégalités économiques et sociales.

Dès le début de l’année 1982, le nouveau président crée le Conseil Provisoire de Défense Nationale dirigé par ses alliés putschistes, puis supprime la constitution ainsi que les partis politiques. Durant les années 1983 et 1984, il utilise les prêts du FMI afin de financer un vaste programme économique de réformes qui permettra de considérablement réduire les difficultés économiques du pays. Après 10 ans sans constitution, et pressé par la communauté internationale, Rawlings décide d’en élaborer une nouvelle. En 1992 la IV République ghanéenne est proclamée. Le multipartisme est instauré ainsi que la tenue régulière d’élections.

Très vite, le climat politique devient de nouveau instable, la corruption et la défiance du pouvoir refaisant surface. De plus, les tensions sociales s’accentuent. Elu en 1992, Rawlings, face à tous ces problèmes se voit contraint de précipiter les élections de 1996. Son parti est réélu à la majorité absolue. En 2000, conformément à la constitution, Rawlings ne peut se présenter. Kufuor est élu président devant J.A. Mills, le protégé du président sortant.

Dix ans après son départ du pouvoir, Rawlings n’en a pas pour autant quitté la vie politique. Défenseur du Panafricanisme à l’instar de son ainé Nkrumah, il est devenu un « conseillé de luxe » pour tous les présidents du continent en difficultés. Il a récemment exprimé son soutient à la Somalie en tant que Haut représentant de l’Union Africaine. Il a aussi appelé à l’apaisement en Côte-d’Ivoire. Il est également devenu, aux yeux du monde, le symbole d’une Afrique moderne ; l’exemple à copier pour tous les autres pays du continent comme le prouve l’éloge de B.Obama lors de son discours à Accra en juillet 2009.

On a pu observer que « l’ère  Rawlings » est aisément décomposable en deux périodes distinctes :

Le temps du soulèvement (1979-1992) dans lequel j’englobe la révolte et la reconstruction. Période faite de rigueur et de restriction des libertés collectives. Puis le temps de ce que l’on pourrait appeler la « mise en règle » du Ghana (1992-2001). Période où le chef d’Etat a tâché d’aligner son pays sur les normes internationales et les règles basiques de démocratie : retour du pluralisme politique, élaboration d’une nouvelle constitution donnant naissance à la IVe République ghanéenne etc. On voit bien à travers cet exemple- et pour effectuer le parallèle avec la situation de la Tunisie et de l’Egypte aujourd’hui- que le succès d’une révolte se mesure surtout à la nature des événements qui lui succèdent.

Cela étant dit une question importante peut se poser : pourrait-on, aujourd’hui, laisser un pays effectuer son processus de démocratisation sans ingérence quelconque de la communauté internationale ? Si Rawlings opère un retour à la démocratie pour le Ghana, cela passe avant tout par une période plus austère pouvant, en certains points, aller en contradiction avec les principes démocratiques.

La précipitation dans ce processus peut entraîner une ingérence provoquant un éventuel retour à la situation d’avant la révolte. La grande différence entre l’exemple cité ici et les exemples tunisien et égyptien étant que le Ghana a trouvé son Salut via un homme tandis qu’aujourd’hui ce sont les peuples qui luttent pour le peuple ; la démonstration la plus éclatante de la démocratie en marche.